Rolex Grand Slam/Ashley Neuhof Scott Brash (GBR) riding Hello Jefferson
L’édition 2025 du Spruce Meadows ‘Masters’ se finissait ce dimanche avec le troisième Majeur de l’année, le renommé CPKC ‘International’ présenté par Rolex, doté de la coquette somme de 5 millions de dollars canadiens. La foule de passionnés de sport équestre de Calgary a été récompensée de sa présence par des performances extraordinaires et des moments très forts en émotion.
Comme toujours, l’épreuve à 1,60 m du Grand Prix comprenait deux manches initiales ainsi que d'un potentiel barrage. Sur la piste ensoleillée de l’emblématique International Ring se sont présentés 36 des meilleurs couples cheval-cavalier du monde, issus de 13 pays différents, dont 17 des 50 premiers cavaliers au classement mondial. Comme à son habitude, le chef de piste vénézuélien Leopoldo Palcios avait imaginé un parcours tout en difficultés, compris de 17 obstacles à la première manche et de 15 à la seconde. Ce deuxième parcours comportait notamment un vertical suivi d’un double à l’ombre des arbres.
Dans la première partie de l’épreuve, 11 concurrents signent un sans-faute, dont le trio allemand constitué de Daniel Deusser, Sophie Hinners et Jorne Sprehe, ainsi que Martin Fuchs, Prétendant au Rolex Grand Slam, Steve Guerdat, triple lauréat de Majeur, et Scott Brash, vainqueur du Rolex Grand Slam en 2015. Ces six cavaliers (dont quatre ont déjà remporté l’‘International’ au moins une fois) et leurs montures étaient parmi les douze couples les mieux placés au classement de la première manche et par conséquent qualifiés pour la phase suivante.
La deuxième manche s’est révélé être un défi encore plus difficile, aucun des 12 concurrents ne réussissant à laisser toutes les barres sur leurs taquets. Mais le Britannique Scott Brash et l’Américain Kyle King ayant fini ex-æquo avec quatre pénalités chacun sur l’ensemble des deux manches, un barrage était nécessaire pour les départager.
Premiers à s’élancer au barrage, Scott Brash et Hello Jefferson bouclent le parcours de huit obstacles sans faire aucune faute, et passent la ligne d’arrivée en 46,97 s, mettant ainsi la pression à leur seul rival. Ayant passé les six premiers obstacles sans difficulté particulière, Kyle King et sa jument baie Kayenne Z laissent une palanque à terre sur l’obstacle aux couleurs canadiennes et doivent donc s’incliner face à Scott Brash et à son hongre de 16 ans. L’Écossais récolte ainsi son troisième Grand Prix au Spruce Meadows ‘Masters’, au moment-même où il fête le dixième anniversaire de sa victoire historique au Rolex Grand Slam.
Ayant décroché son cinquième Majeur, Scott Brash s’est déclaré « absolument ravi pour mon cheval [Hello Jefferson]. Il méritait une grosse victoire et a opté pour le Grand Prix le plus prisé au monde. Je suis enchanté pour lui, pour ses propriétaires et pour mon équipe qui travaille extrêmement dur pour me soutenir. »
Au nouveau Prétendant au Rolex Grand Slam d’ajouter : « J’adore me rendre à Spruce Meadows, c’est vraiment un concours extraordinaire. J’ai eu la chance d’y participer en compagnie de chevaux d’exception : Sanctos d’abord, puis Ursula et enfin Jefferson. Il ne faut pas être n’importe quel cheval pour gagner le meilleur Grand Prix de la planète, et je suis très heureux d’avoir pu prouver leur valeur. »
Brash souhaitait aussi remercier son groom, David Honnet : « [David] travaille avec Jefferson depuis tellement longtemps qu’il le connaît comme sa poche. Il s’occupe très bien de lui, et en retour le cheval lui voue une confiance inébranlable. Depuis les dix ans que nous travaillons ensemble, nous avons fini par former une équipe formidable, une vraie famille. Je suis extrêmement heureux pour David qui était très ému aujourd’hui et aussi ravi que moi pour Jefferson. Nous avons évidemment remporté la médaille d’or l’an passé, mais il nous manquait encore un Grand Prix historique, alors que nous en savions le cheval capable. Quelle joie de le voir enfin en gagner un ! »
Rolex Grand Slam/Ashley Neuhof
Parlez-nous un peu du parcours que vous avez imaginé pour le CPKC ‘International’ présenté par Rolex d'aujourd'hui...
L.P. : (NDLR rédigé avant l'épreuve) Je pense, ou en tout cas j’espère que le parcours posera des difficultés aux concurrents, comme il a l’habitude de le faire. Il ne sera pas tellement différent des parcours que j’ai l’habitude de dessiner, mais aura quand même quelques éléments nouveaux ici et là. Il comprendra deux gros obstacles avec bidets : un premier Liverpool avec deux barres verticales, suivi d’un virage à gauche menant au second Liverpool. C’est la première fois que je les fais suivre comme cela, mais c’était l’occasion rêvée. J’essaie d’utiliser des éléments et combinaisons différents chaque année pour que le public ne s’ennuie pas.
Je vais me servir de nombreux obstacles CPKP et Rolex. J’utiliserai au moins un de chaque pour le barrage, si barrage il y a ! La deuxième manche comprendra un double Liverpool, un double d'oxer, puis l’obstacle au soubassement en vélo. Comme nous n’avons plus le talus, je vais créer une ligne assez sympa sous les arbres. Je voulais créer un Grand Prix à la hauteur de l’occasion, et j’espère avoir réussi.
Depuis combien de temps êtes-vous chargé de concevoir les parcours de Grand Prix à Spruce Meadows ?
L.P. : J’ai commencé comme chef de piste ici-même en 1994, mais je ne m’occupais alors pas du ‘Masters’, seulement du concours de juin (summer series). En 1995, j’ai commencé à travailler sur le concours de juillet, notamment la Queen Elizabeth II Cup. Puis en 1996, j’ai fait le concours de juin et le ‘Masters’. Si nous n’avions pas annulé en 2020 en raison du Covid, cette année aurait été ma trentième en tant que chef de piste du Spruce Meadows ‘Masters’. J’ai travaillé à deux reprises aux Jeux olympiques et j’en suis très fier, mais je pense que les parcours de Spruce Meadows sont encore plus difficiles.
Quel est votre meilleur souvenir de toutes ces années de travail à Spruce Meadows ?
L.P. : J’ai des souvenirs merveilleux de chaque édition, mais aussi des souvenirs moins agréables, entièrement liés à la manière dont j’ai dessiné certains parcours. Quand on repousse les limites du possible, il arrive qu’on aille trop loin. Ce Grand Prix exige des chevaux et cavaliers d’aller au bout de leurs capacités, et c’est pour cela qu’il est unique en son genre. Les résultats parlent d’eux-mêmes.
Cet endroit, c’est toute ma vie. Je fais tout pour offrir le meilleur parcours possible, et j’ai souvent réussi. Les Southern sont ma deuxième famille. J’avais dîné avec eux une fois en 1992, mais ma première vraie rencontre avec eux en 1994 est un souvenir très précieux. Un autre souvenir très mémorable est la victoire de Scott Brash dans le Rolex Grand Slam en 2015 : c’est l’un des points forts de ma carrière. Quand Scott a franchi la ligne d’arrivée, j’en ai presque pleuré de fierté. L’ambiance ce jour-là était incroyable. Lorsque Scott s’est élancé vers le double Liverpool sur l’ultime ligne droite, le silence était total. Mais une fois le dernière obstacle passé, la foule a explosé de joie. Rolex fait du très bon travail lors des concours que la marque sponsorise, ce qui fait que le saut d’obstacle a aujourd’hui atteint des sommets inégalés. Ces concours sont véritablement cinq étoiles.
Selon vous, qu’est-ce qui fait de Spruce Meadows un lieu si spécial ?
L.P. : Pour moi, Spruce Meadows a joué un rôle important dans l’évolution positive de notre sport. Le 50e anniversaire reflète bien ce que l’événement représente, à la fois un maintien des traditions et un esprit innovant. Je trouve que Spruce Meadows a trouvé le parfait équilibre, ce que m’ont confirmé beaucoup de cavaliers. C’est l’un des concours les plus durs de la planète, mais il a pour credo de toujours penser avant tout au bien-être du cheval.
Le Rolex Grand Slam a-t-il été une bonne chose pour le saut d’obstacles ?
L.P. : Absolument, je pense que le Rolex Grand Slam a été la chose la plus positive qui soit arrivé au saut d’obstacles dans les 30 ou 40 dernières années. Pour créer un Grand Slam digne de ce nom, Rolex a réussi à réunir quatre des meilleurs CSO au monde et à les faire collaborer harmonieusement. L’autre avantage, à mon avis, dans le fait que Spruce Meadows se doit d’être à la hauteur de trois autres concours très renommés, c’est l’opportunité que l’on a d’apprendre des choses des autres organisateurs. Une rivalité amicale nous unit et nous pousse à nous dépasser, ce qui est bénéfique pour le Rolex Grand Slam comme pour le saut d’obstacles en général. L’influence positive de Rolex est en tout cas indéniable.
Rolex Grand Slam/Sofya Sk
Martin Fuchs a gagné le Grand Prix ici-même en 2023 et 2024. Quels sont vos souvenirs de ces victoires ?
Quel plaisir de voir Martin remporter le CPKC ‘International’ présenté par Rolex deux années de suite ! C’est une épreuve palpitante et unique en son genre, vue comme un Grand Prix particulièrement épineux et qui, comme vous le savez, ne comprend pas de barrage. C’est aussi le Grand Prix le plus doté, mais nous avons toujours pris garde à ce que cette récompense soit pleinement méritée. Notre récompense à nous, c’est de voir les chevaux et cavaliers évoluer au plus haut niveau. Le couple gagnant est très méritant ! Quant au public de Spruce Meadows, il raffole de ce spectacle. Les spectateurs se sentent chez eux dans l’enceinte de l’International Ring. À chaque fois qu’un cheval fait un sans faute, la foule l’acclame avec un enthousiasme représentatif de la passion de nos fans pour ce sport.
Martin Fuchs est le Prétendant actuel au Rolex Grand Slam. Quel beau moment ce serait, s’il pouvait continuer sur sa lancée ici dimanche...
Effectivement, ce serait formidable de voir Martin gagner le Rolex Grand Slam. Comme vous le savez, quand nous avons créé les Majeurs et le Rolex Grand Slam, nombre de cavaliers ont affirmé qu’il serait impossible de remporter ce titre. L’un de mes plus beaux souvenirs est le moment où Scott Brash a décroché son troisième Majeur ici-même. Pendant son parcours, le silence était tel qu’on aurait pu entendre les mouches voler. Une seconde plus tard, la foule était en délire. Mon père, qui a toujours été très austère, s’est tourné vers moi et m’a dit : « Linda, je suis fier de toi. Grâce à toi, Spruce Meadows mérite sa place parmi les Majeurs, et les cavaliers le savent bien. Ce serait formidable si un autre duo pouvait répéter cet exploit. » Personnellement, je pense que s’il y a un cavalier qui en est capable, c’est bien Martin Fuchs. Il est fin prêt à concourir, et j’encourage tout le monde à l’applaudir ce week-end.
Inauguré en 1975, Spruce Meadows souffle cette année ses cinquante bougies. Comment le lieu a-t-il évolué depuis cette date, et en quoi consisteront les commémorations ?
Nous avons pris plaisir à nous plonger dans les archives dans le but de montrer au public comment ce lieu et le sport en général ont évolué ces 50 dernières années. Spruce Meadows est passé de lieu de modeste concours hippique à un énorme centre sportif et culturel. Il accueille également des rencontres de foot, et un nouveau restaurant, le Foxtrot, vient d’ouvrir ses portes. Nous avons hâte de voir nos propres enfants reprendre les rênes de l’événement et faire évoluer les choses plus avant. À l’occasion du 50e anniversaire, nous souhaitons remercier tous ceux qui ont participé à bâtir Spruce Meadows : nos sponsors, les fans, les athlètes, nos fondateurs et tous nos bénévoles. Le but est de fêter cela tous ensemble et de leur exprimer notre gratitude.
Vous êtes Présidente et DG de Spruce Meadows depuis 20 ans déjà. Comment avez-vous réussi à en faire une arène sportive réputée dans le monde entier ?
Je me rends déjà beaucoup à d’autres rencontres sportives. Il est très important, lorsque l’on dirige un lieu où se déroulent des événements sportifs qu’on souhaite promouvoir, de faire la une des journaux. La presse a changé, mais mon désir reste de voir Spruce Meadows en première page, avant le football américain. Ceci dit, ce type de sport a beaucoup à nous apprendre. Comment réussir à faire le buzz dans le secteur ? Quelle relation entretenir avec ses fans ? Comment susciter l’intérêt du public ? Toutes ces leçons sont bonnes à prendre pour créer un cadre hors du commun à Spruce Meadows. Je me rends également à de nombreux concours hippiques, mais c’est plus important pour moi de voir ce que font les organisateurs dans d’autres sports.
Comment Spruce Meadows soutient-il la nouvelle génération de cavaliers au Canada et ailleurs dans le monde ?
Spruce Meadows est unique en son genre, car non seulement il accueille de grands concours FEI, mais il soutient également les projets nationaux. En effet, nous souhaitons permettre aux cavaliers canadiens d’apprendre ou de se perfectionner avec pour objectif de faire des très bonnes performances sur la scène internationale. Il est très important d’avoir des projets communautaires à petite échelle et de proposer des opportunités d’avancer, depuis la compétition poneys jusqu’au plus haut niveau mondial. Pour le 50e anniversaire de l’événement, je voulais créer quelque chose d’inédit. Nous avons donc décerné des bourses de 5 000 dollars canadiens à dix jeunes cavaliers prometteurs pour les aider à avancer dans leur parcours sportif.
Y a-t-il des héros méconnus à Spruce Meadows, que vous aimeriez remercier pour leur rôle dans le succès renouvelé de l’événement ?
Oui, toute l’équipe ! J’ai la chance d’être à la tête d’un groupe de personnes exceptionnelles, qui se donne corps et âme chaque jour. L’équipe chargée des terrains a fait un travail formidable, non seulement sur les fondations de la piste à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur. Quand on entre sur le domaine en ce moment, la vue est tout simplement magnifique. Ensuite, on a l’équipe qui travaille en coulisses avec les grooms et les cavaliers pour s’assurer que les chevaux sont à leur aise et bien nourris, comme le ferait le personnel hôtelier. Elle fait un travail extraordinaire. L’équipe presse, elle, travaille nuit et jour pour produire des sujets intéressants qui susciteront l’intérêt des médias. Et enfin, on a le personnel d’accueil, constitué principalement de bénévoles, qui accueillent avec le sourire nos sponsors et VIP. L’expérience visiteur a aussi atteint de nouveaux sommets. Nous avons tout fait pour mieux comprendre ce qui pourrait plaire à nos fans. Nous essayons d’attirer un public jeune et de comprendre ce que celui-ci aimerait trouver à Spruce Meadows : balades à poney, concerts, activités à faire en couple ? Nous avons récemment rétabli les soirées ciné. Pendant la diffusion de Top Gun, nous avons même organisé un atterrissage sur la piste de l’unité de parachutistes des Skyhawks. Nous avons abattu beaucoup de travail en 2024, et nous avons le plaisir de voir ces projets se réaliser cette année.
Comment le rôle que joue Spruce Meadows dans le Rolex Grand Slam a-t-il eu un impact positif sur la renommée internationale du lieu et sur le sport canadien ?
Grâce au Rolex Grand Slam, Spruce Meadows a atteint des sommets et l’équipe et moi avons été davantage reconnues et valorisées. Je porte un œil attentif aux tournois majeurs d’autres sports comme le golf ou le tennis, afin de déceler ce qui fait leur succès et comment nous pourrions nous en inspirer. J’aime devoir trouver le bon équilibre entre le respect des traditions et une ouverture au vaste monde.
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