Dans les coulisses du Rolex Grand Slam : jeudi 4 septembre 2025

CANA CUP REPORT

Martin Fuchs (SUI) rides Leone Jei as he celebrates winning the Rolex Grand Prix Credit: Rolex Grand Slam - Ashley Neuhof

Le Rolex Grand Prix du CHIO d’Aix-la-Chapelle, deuxième Majeur du Rolex Grand Slam of Show Jumping de l’année, est considéré par beaucoup comme l’épreuve de saut d’obstacles la plus renommée et prestigieuse au monde. Représentant la quintessence-même du sport équestre, elle a lieu dans l’emblématique stade de 45 000 places d’Aix-la-Chapelle et rassemble les plus grands couples cheval-cavalier de la planète.

Quarante des meilleurs cavaliers et cavalières s’étant pour certains qualifiés pour le Rolex Grand Prix dans les jours ayant précédé l’épreuve, ont affronté le parcours de Frank Rothenberger dans l’espoir d’ajouter leur nom à la liste des lauréats du Rolex Grand Prix du CHIO d’Aix-la-Chapelle. Avec ses deux manches et son barrage éventuel en cas d’égalité de pénalités, le Rolex Grand Prix met à l’épreuve l’endurance, les moyens et le talent des participants, ainsi que le lien unissant cheval et cavalier.

Il est intéressant de noter que quatre des cinq derniers vainqueurs en date du Rolex Grand Prix sont allemands, comme plus du quart des cavaliers en lice aujourd’hui. Le public avait donc bon espoir de voir l’un de ses compatriotes gagner.

André Thieme, champion en titre, sera le premier à entrer en piste, mais concède malheureusement quatre points. Deuxième au départ, l’ancienne cavalière de complet Sandra Auffarth laisse toutes les barres sur leurs taquets mais écope d’une malheureuse pénalité de temps. Martin Fuchs, Témoignage Rolex et déjà lauréat de quatre Majeurs, est le premier à signer un sans faute aux rênes de l’ultra fiable Leone Jei. Puis c’est Nicola Philippaerts qui ajoute son nom à la liste, suivie de Steve Guerdat. À mi-course, seuls quatre duos ont fait le sans-faute.

Le règlement dictant que les 18 premiers cavaliers de la première manche se qualifient pour la suivante, les concurrents capables de produire un rapide parcours à quatre points ont encore une chance de remporter l’ultime récompense : une clause qui profitera à Ben Maher, triple médaillé olympique, ainsi qu’au Belge Grégory Wathelet. Onze cavaliers supplémentaires réussissent ensuite le sans faute pour se qualifier pour la deuxième manche. Parmi eux, le chouchou du public, Richard Vogel, les prometteuses Emilie Conter et Sophie Hinners, ainsi que Kent Farrington, numéro un mondial.

Les départs suivant l’ordre inverse des résultats de la première manche, c’est Olivier Robert (cinquième à s’élancer) qui sera l’auteur du premier double sans-faute, bientôt suivi de l’Allemand Christian Kukuk. Le barrage est assuré. Sous la pluie du milieu d’après-midi, les concurrents continuent de montrer tout leur talent et les parcours sans fautes se succèdent. Au total, ce sont onze cavaliers qui se qualifient pour la phase finale.

Pleine d’anticipation, la foule présente sur les tribunes pleines à craquer du parc sportif Soers salue chaleureusement l’entrée d’Olivier Robert, premier au barrage. Ce ne sera pas suffisant : le Français écope de quatre pénalités qui l’empêcheront de monter sur la plus haute marche du podium. Le Brésilien Stephan de Freitas Barcha monte la barre avec un sans-faute en 54,33 secondes, mais Steve Guerdat, Témoignage Rolex, lui vole bientôt la vedette avec 1,74 seconde d’avance. La pression est à son comble pour les cavaliers encore en lice. Le compatriote de Guerdat, Martin Fuchs, tire parti de la grande expérience de Leone Jei pour prendre le haut du classement provisoire, alors qu’il ne reste que quatre cavaliers.

Richard Vogel sur United Touch S, sa monture à la foulée légendaire, et Nina Mallevaey semblent tous les deux sur le point de prendre la tête de l’épreuve, mais tous deux fautent sur l’avant-dernier obstacle, le difficile double doré.

Seule l’Américaine Laura Kraut a encore une chance de s’interposer entre Fuchs et sa première victoire au Rolex Grand Prix du CHIO d’Aix-la-Chapelle (et la première victoire suisse depuis que celle de l’oncle de celui-ci, Markus Fuchs, en 2004). Kraut domine le chronomètre sur la première partie du parcours, mais après avoir fait preuve de beaucoup de prudence à l’approche de l’épineux double, elle finit avec plus de deux secondes de retard sur Fuchs. La victoire du cavalier suisse est sa cinquième à un majeur du Rolex Grand Slam of Show Jumping.

À sa sortie, le nouveau prétendant au titre du Rolex Grand Slam of Show Jumping s’est confié à nous : « Leone Jei est un cheval extraordinairement talentueux, avec une énorme foulée. Dans les barrages comme celui-ci, il se dépasse encore. L’an passé, il avait fait une très bonne dernière manche, mais de mon côté, j’avais fait une grossière erreur. Aujourd’hui, j’étais très concentré toute la journée : je voulais vraiment faire mieux que l’année dernière et lui faire honneur.

C’est merveilleux de gagner ici. J’ai déjà hâte de revenir à Aix-la-Chapelle l’an prochain et de voir mon nom au célèbre tableau d’honneur. Je dois remercier Leone Jei, un cheval à l’incroyable coup de saut et qui se montre toujours à la hauteur de l’événement. J’ai énormément de chance de l’avoir. »

RESULTATS DE L'ATCO CUP

Credit : Rolex Grand Slam - Ashley Neuhof Credit : Rolex Grand Slam - Ashley Neuhof

En ce jeudi, deuxième jour du Spruce Meadows ‘Masters’, 49 cavaliers et leurs chevaux sont entrés sur l’emblématique International Ring à l’occasion de la prestigieuse ATCO Cup 2025. Pour fêter le 50e anniversaire de Spruce Meadows, le célèbre chef de piste vénézuélien Leopoldo Palacios avait recréé le parcours du Grand Prix du ‘Masters’ 1976, un challenge historique destiné à mettre les couples du nouveau millénaire à l’épreuve.

La meilleure performance de la première manche est signée Nina Mallevaey, en selle sur  My Clementine boucle un magnifique parcours sans faute en 85,02 s. Elle sera rejointe lors de la manche décisive par les cavaliers ayant obtenu les neuf meilleurs résultats suivants : Laura Kraut et Kyle King pour les États-Unis ; Eugenio Garza Perez pour le Mexique ; Mario Deslauriers, chouchou du public canadien ; l’Allemand Daniel Deusser, déjà triple vainqueur de Majeur ; les Belges Nicola Philippaerts et Roy van Beek ; Tom Wachman, l’étoile montant irlandaise ; et enfin l’Autrichien Max Kühner.

Le spectacle de cette deuxième manche est à la hauteur des attentes. Seuls Mario Deslauriers et Tom Wachman accusent des fautes ; les huit autres couples laissent toutes les barres sur leurs taquets et finissent dans le temps imparti. Mais c’est Nina Mallevaey qui vient de remporter le Rolex Grand Prix du Brussels Stephex Masters la semaine dernière, qui se montre une fois encore intouchable. Aux rênes de sa jument alezane, elle termine un parcours impeccable en un chrono imbattable de 46,16 s. Avec près de deux secondes d’avance sur Garza Perez (en selle sur Victer Finn DH Z), la jeune femme de 25 ans montre une nouvelle fois pourquoi elle est considérée comme la meilleure cavalière U25 au monde.

La troisième place reviendra à Laura Kraut (sur Tres Bien Z), suivie de Philippaerts et Deusser.

ENTRETIEN AVEC IAN MILLAR

Robin Parsky, horse owner, poses for a photo Credit : Rolex Grand Slam - Helen Cruden

Vous avez fait une carrière exceptionnelle dans le saut d’obstacles, longue de plusieurs décennies. Avec le recul, de quels moments êtes-vous le plus fier (que ce soit à Spruce Meadows ou ailleurs dans le monde) ?

I.M. : J’ai eu la chance de monter 50 chevaux de Grand Prix durant mon parcours de cavalier, et j’ai des souvenirs mémorables avec chacun d’entre eux. Très souvent, ceux-ci vous surprennent, par exemple quand un cheval évoluant normalement à 1,40m va puiser dans ses dernières ressources pour vous offrir une victoire dans un Grand Prix à 1,45m. On n’oublie pas facilement ce genre de moment.

Si je devais choisir un seul temps fort à Spruce Meadows, ce serait la cérémonie d’adieu de Big Ben. Ce jour-là, Spruce Meadows a accueilli un nombre inégalé de spectateurs, dont certains ont même eu l’autorisation d’entrer sur la piste car les tribunes étaient pleines à craquer. Avant cet adieu, j’avais fait une tournée canadienne avec Big Ben, parrainée notamment par BMO Financial et Miller’s Saddlery, pour donner aux fans l’opportunité de le rencontrer et de prendre des photos avec lui. Les bénéfices réalisés, d’un montant de 100 000 dollars canadiens environ, ont été reversés à l'Association canadienne d'équitation thérapeutique.

Spruce Meadows, la famille Southern et les fans ont toujours apprécié Big Ben à sa juste valeur. Comme je le dis tout le temps, un cheval doué se fait connaître par ce qu’il fait sur le terrain, et un cheval superstar par ce qu’il accomplit en dehors. Big Ben en est la preuve.

Il a indéniablement fait connaître notre sport, et dans le même temps il est devenu une véritable légende. Les gens appelaient les organisateurs de Spruce Meadows pour savoir si « Big Ben [était] là cette semaine ». Sa présence suffisait à remplir les gradins. M. Southern avait l’habitude de dire qu’il serait impossible de vraiment mesurer l’importance de Big Ben dans le succès de Spruce Meadows. En ce qui me concerne, cela a été un honneur de pouvoir faire un bout de chemin à ses côtés.

Surnommé « Captain Canada » pour votre longévité sous le drapeau canadien, vous êtes devenu le symbole-même du CSO national.  Quel rôle souhaitez-vous jouer dans l’avenir de notre sport au Canada ?

I.M. : En tant que Chef d’équipe pour le Canada, mon premier objectif est d’élargir la « base de la pyramide » : plus nous verrons des gens pratiquant le saut d’obstacles, même à petit niveau, plus nous aurons de chances de produire des athlètes de très haut niveau. Cette année, nous avons envoyé plus de cavaliers que jamais en Coupe des nations. Cela donne à notre équipe, au plus haut niveau et juste en dessous, davantage d’opportunités de gagner en expérience, d’attirer du soutien et de développer de très bons piquets de chevaux.

En plus de cela, je travaille dans l’Ontario aux côtés du programme équestre GRIT (Great Riders Intensive Training, ou formation intensive pour cavaliers de talent), dont je dirige les branches CSO et complet (Christilot Boylen étant chargé du dressage). Dans ce cadre, nous avons apporté notre soutien à vingt cavaliers âgés de 13 à 25 ans, non seulement sur l’aspect compétition mais aussi en vue de développer diverses compétences essentielles pour un cavalier de haut niveau : management d’écurie, entraînement physique, psychologie du sport, compétences médiatiques, recherche de sponsors, symétrie...

Cette année, nous avons même envoyé une équipe à Dublin pour la première fois en 35 ans, une expérience qui a renforcé notre volonté de bâtir des parcours de formation structurés pour les cavaliers comme il en existe en Irlande. Notre but est d’élargir le programme GRIT à l’ensemble du Canada, en mettant en place un système de sélection qui vise à reconnaître les jeunes talents dès la préadolescence.

Tiffany Foster et ma fille Amy ont également lancé une initiative privée intitulée CAN Jump, qui vise à lever des fonds permettant à de jeunes cavaliers et équipes d’aller concourir à l’étranger. Il existe une forte demande au Canada pour ce type de structure. Il nous faut simplement quelqu’un pour nous guider. S’il y a quelque chose que j’aimerais faire pour l’avenir du saut d’obstacles au Canada, ce serait de mettre en place ce type de système et d’opportunité.

Spruce Meadows souffle cette année ses 50 bougies. À quels changements avez-vous assisté depuis son inauguration en 1975, et que représente cet anniversaire pour vous ?

I.M. : Je voudrais commencer par mentionner Marg et Ron Southern, les fondateurs de l’événement et des gens extraordinaires. Ron s’amusait à décrire Spruce Meadows comme un « endroit inhabituel pour un sport pas comme les autres ». À l’époque, Calgary était davantage connu pour son rodéo, le « Stampede ». Mais les Southern étaient déterminés à faire connaître davantage le saut d’obstacles.

Dans les premiers temps, la couverture médiatique se limitait aux magazines people. Pour remédier à cela, ils invitèrent des journalistes à apprendre à monter à cheval aux fins de participer à un concours de saut. Beaucoup d’entre eux abandonnèrent bientôt, mais ceux qui persévérèrent en tirèrent un profond respect pour notre sport. Et c’est à partir de ce moment que le CSO a commencé à apparaître dans les pages sportives, un tournant important dans l’histoire de Spruce Meadows.

Depuis lors, cette compétition s’est développée jusqu’à accueillir des cavaliers internationaux. Parmi les moments forts de l’histoire, on retient la victoire de Scott Brash au Rolex Grand Slam de 2015 : un exploit si improbable et un moment si empreint de suspens que le monde entier s’est mis à supporter ce formidable duo.

L’histoire de Spruce Meadows est tout aussi invraisemblable. De ses débuts modestes où il n’attirait qu’un modeste public, il est devenu au fil du temps et contre toute attente l’un des hauts lieux du saut d’obstacles mondial. On peut dire que la famille Southern (Marg et Ron, puis leurs filles Linda et Nancy, ainsi que le reste de la famille) sait transformer les obstacles en opportunités ! Pour eux, toute difficulté est un simple enjeu à résoudre. Leur passion et leur enthousiasme ont fait de Spruce Meadows l’un des joyaux du sport canadien. L’existence de ce concours dans notre pays me remplit de fierté.

En tant que mentor de nombreux jeunes cavaliers, quel conseil donneriez-vous aux cavaliers professionnels en herbe ?

I.M. : La première chose à retenir, c’est que tout tourne autour du cheval. C’est lui le roi, et nous ne sommes que ses loyaux serviteurs. C’est la première leçon que m’a enseigné mon moniteur d’équitation à Alberta, quand j’avais dix ans. Trop souvent, les jeunes cavaliers pensent que le cheval est là pour servir leurs intérêts, alors que c’est le contraire.

La plupart des cavaliers savent maîtriser les compétences physiques nécessaires pour monter à cheval, mais ce qui fait la différence, c’est la capacité à tisser un lien avec sa monture. À l’état naturel, les chevaux sont des créatures nerveuses, dont la première protection est la fuite et qui ont des besoins fondamentaux très simples : manger, boire, se protéger des intempéries, se reproduire. Apprendre à traduire notre pensée rationnelle en communication instinctive et naturelle avec le cheval demande des années de travail - mais c’est là que l’équitation se transforme en art équestre.

En plus d’être cavaliers, les jeunes se doivent d’être de vrais gens de chevaux. Pour cela, il faut passer du temps avec le maréchal-ferrant, le vétérinaire, le nutritionniste ; comprendre de quoi il retourne en matière de gestion d’écurie, de soins équins et de transport ; et même savoir les gestes à faire en cas d’urgence, comme savoir conduire le camion.

Trop d’entre eux pensent que pour réussir, ils peuvent se contenter de bien monter en concours, mais ceci est très loin de la réalité. Les vrais champions, ceux qui sortent du lot, sont ceux qui savent tout faire.

Mon message aux jeunes cavaliers est donc simple : apprenez à monter, d’accord, mais aussi à vous diversifier. Consacrez-vous entièrement à prendre soin de vos chevaux, à maîtriser toutes les tâches associées et à devenir aussi polyvalent que possible. C’est ainsi que vous pourrez faire carrière au plus haut niveau.

Vous avez remporté l’‘International’ à Spruce Meadows à trois reprises (en 1987 et 1991 sur Big Ben, et en 2014 aux rênes de Dixson). Quelle est la principale difficulté de cette épreuve ?

I.M. : Elle comprend déjà une première manche technique et complexe qui demande un certain courage, à l’issue de laquelle les douze meilleurs chevaux se voient qualifiés pour la deuxième manche. Si cette rencontre au sommet se solde par au moins deux sans faute ou par un ex-æquo, un barrage chronométré a lieu. Il peut donc y avoir trois manches au total. Sur mes trois victoires, deux ont nécessité un barrage. La troisième fois, j’avais fait le seul sans faute.

La deuxième manche est sans doute la phase la plus difficile. La première n’est pas facile, et on connaît les difficultés propres au barrage ; mais la deuxième manche est extrêmement technique. Et qui plus est, le suspens est à son comble. C’est pour cela que ce Grand Prix n’a pas son pareil. La compétition pousse le cheval et le cavalier dans leurs derniers retranchements. Seul un duo exceptionnel peut avoir une chance de gagner. Une épreuve comme le CPKC ‘International’ présenté par Rolex du the Spruce Meadows ‘Masters’ est unique en son genre ; dans le calendrier équestre, aucune autre épreuve ne présente un tel challenge.

L’emplacement fait aussi jouer d’autres facteurs, comme le transport international, l’altitude, le climat, le fuseau horaire, et même les différences dans l’eau et la nourriture. Certains chevaux s’adaptent sans problème, d’autres non. Les sportifs savent faire le nécessaire pour atteindre leur meilleure forme le jour J, mais il est quasi impossible de faire preuve de la même précision avec les chevaux. Il faut juste espérer que votre monture sera fin prête le dimanche de la compétition, et non le dimanche d’avant ou celui d’après. On n’est jamais sûr de rien, mais il ne faut pas se laisser décourager pour autant.