ENTRETIEN AVEC NICOLA PHILIPPAERTS

Nicola Philippaerts Nicola Philippaerts

Vous avez concouru à Aix-la-Chapelle très souvent au cours de votre carrière. Qu’est-ce qui fait que cette arène, cet événement, sont toujours l’une des plus grandes compétitions de la discipline ?

NP : Aix-la-Chapelle est une compétition très spéciale pour moi. C’est l’un de ces événements où, si vous avez un bon cheval, vous voulez être là et vous mesurer aux meilleurs couples du monde. L’atmosphère est incroyable, surtout le dimanche, avec des milliers de personnes dans le public et une tradition très forte autour de l’événement. C’est une scène très importante pour notre discipline et tous les cavaliers veulent exceller ici.

Le TSCHIO d’Aix-la-Chapelle fait partie du Rolex Grand Slam of Show Jumping, qui réunit les Majeurs les plus prestigieux du saut d’obstacles. Du point de vue d’un cavalier, qu’est-ce qui distingue ces Majeurs des autres concours cinq étoiles ?

NP : Le Rolex Grand Slam of Show Jumping est une compétition à laquelle tous les grands cavaliers veulent participer. Ces concours attirent les meilleurs chevaux et cavaliers du monde et tout le monde veut amener ses meilleurs chevaux pour concourir ici. Pouvoir monter à Aix-la-Chapelle, au CHI de Genève, à Spruce Meadows et au Dutch Masters est une expérience incroyablement spéciale. Selon moi, ce sont les plus grandes compétitions de l’année, et je me sens très privilégiée de pouvoir y participer.

La Belgique dispose depuis ces dernières années d’un effectif riche en talents. Dans quelle mesure cet environnement d’équipe et la concurrence entre les cavaliers belges permettent-ils de faire progresser le niveau encore plus haut ?

NP : La Belgique est très forte en ce moment. Nous avons un très bon groupe, avec des cavaliers expérimentés et quelques jeunes cavaliers très doués qui progressent avec d’excellents chevaux. Je pense que c’est fantastique pour le sport équestre en Belgique. L’esprit d’équipe est très fort, et notre chef d’équipe gère très bien les choses. J’ai de la chance de faire partie de ce groupe et de pouvoir participer avec eux à de grandes compétitions où nous pouvons essayer d’obtenir ensemble de très bons résultats.

À ce niveau, le succès dépend de toute une équipe qui travaille en coulisses. Quelle est l’importance de vos grooms, vétérinaires, maréchaux-ferrant et de votre équipe au sens large dans la préparation des chevaux pour un Majeur comme le TSCHIO d’Aix-la-Chapelle ?

NP : C’est un véritable travail d’équipe. Il y a tellement de gens en coulisses qui font un travail incroyable pour les chevaux, jour et nuit, et je leur suis infiniment reconnaissante. Du maréchal-ferrant au vétérinaire en passant par les grooms, tout le monde a un rôle important à jouer. Je voyage presque toutes les semaines, il est donc très important d’avoir une équipe solide chez nous, qui veille à ce que les chevaux soient bien entraînés, bien soignés et prêts à aller en compétition. À ce niveau, ce n’est jamais le travail d’une seule personne, c’est toute l’équipe.

Vous venez de l’une des familles les plus connues du saut d’obstacles. Comment le fait de grandir dans cet environnement a-t-il façonné votre compréhension de cette discipline et de ce qui est nécessaire pour réussir au plus haut niveau ?

NP : J’ai beaucoup de chance que mon père fasse partie de ce sport depuis si longtemps. Il m’a appris depuis tout petit à m’occuper des chevaux correctement, et j’ai eu la chance de pouvoir me rendre à de nombreuses compétitions très tôt dans ma carrière. Chez nous, nous sommes une véritable équipe.

Bien sûr, quand nous sommes tous en compétition dans le même concours et que l’un de mes frères est en tête, nous voulons essayer de le battre, parce que nous sommes des sportifs et que nous aimons gagner. Mais chez nous, nous nous soutenons et nous aidons les uns les autres et nous nous faisons confiance mutuellement. Nous sommes vraiment une entreprise familiale et nous faisons tout ensemble.

Beaucoup de grands athlètes parlent de l’importance de performer sous pression. Vous inspirez-vous d’autres sports, ou d’autres athlètes, quand vous vous préparez pour les plus grandes compétitions de saut d’obstacles ?

NP : J’aime beaucoup regarder les documentaires sportifs. J’ai adoré la série sur Michael Jordan, et je m’inspire d’athlètes comme Roger Federer. Je l’ai rencontré une fois et c’est une personne incroyable, très gentil et très impressionnant. Je pense que l’on peut apprendre beaucoup d’athlètes comme lui, particulièrement sur la manière dont ils gèrent le stress et les moments importants. Dans notre sport, il est aussi très important d’être soutenu par la famille ou par les proches, de façon à pouvoir rester détendu et concentré sur ce que vous avez à faire.

Aix‑la‑Chapelle est connue pour sa démesure, son ambiance et son intensité. Comment vous préparez-vous mentalement pour un concours de ce calibre ?

NP : Pour une journée comme celle du Rolex Grand Prix, j’aime arriver tôt et m’assurer que tout va bien. Je contrôle l’équipement, je donne suffisamment de temps à mon cheval et je m’assure qu’il se sent bien et qu’il est prêt. Je fais généralement le parcours à pied trois ou quatre fois, pour voir de près tous les détails. Ensuite il faut se concentrer sur ce qui est important et ne pas se laisser distraire par le public ou par la démesure du stade. Aix-la-Chapelle peut être très impressionnante, et la première fois qu’on monte ici, on peut se sentir submergé par l’émotion. Il faut rester concentré sur ce que vous devez faire, et rester attentif aux détails jusqu’à la fin ; ensuite vous pouvez vous laisser gagner par le ressenti de l’expérience et l’assimiler.

Vous avez développé des relations fortes avec vos chevaux tout au long de votre carrière. Comment établissez-vous cette relation et comment obtenez-vous le meilleur de chaque cheval ?

NP : Je pense qu’une connaissance profonde de l’équitation est très importante. Vous devez vous adapter de la meilleure manière possible à chaque cheval, car chaque cheval est différent. Il faut du temps pour comprendre ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, et comment les mettre à l’aise. Le plus important, c’est que le cheval soit en confiance dans l’arène et qu’il aime ce qu’il fait. Quand vous arrivez à ce stade, je pense que vous pouvez obtenir les meilleurs résultats.