Joe Stockdale par Morella Media
Participer au Rolex Grand Slam, dont les quatre concours sont parmi les plus renommés (et les plus difficiles à remporter) sur le circuit mondial, est le rêve de tout cavalier. Qu’est-ce que cela représente pour vous de pouvoir concourir lors de ces Majeurs ?
C’est évidemment un grand honneur que de participer à un concours du Grand Slam. On ressent toujours une très vive émotion lorsque l’inscription est confirmée, car on sait que les meilleurs cavaliers au monde seront au rendez-vous. Personne ne renoncerait à une telle opportunité ! Les lieux eux-mêmes sont légendaires. En tant que cavalier mais aussi en tant que spectateur assidu de CSO, je suis très fier d’être à même d’à y participer. Le niveau est incroyablement élevé et les épreuves très bien dotées. Bref, c’est le summum de notre sport.
Cette année, vous avez fait des prouesses durant la semaine de compétition du Spruce Meadows ‘Masters’, l’un des quatre Majeurs du Rolex Grand Slam. Comment résumeriez-vous cette performance à Calgary ? Qu’est-ce qui, à votre avis, a fait la différence ?
Effectivement, la semaine s’est très bien passée pour moi. Mes chevaux étaient en très bonne forme et ont vraiment bien sauté chaque jour. C’était ma première visite à Spruce Meadows. J’ai toujours eu très envie d’y aller. Tout le monde m’avait dit que c’était un concours pas comme les autres, que les obstacles étaient inimitables et l’ambiance géniale. Et j’ai effectivement adoré l’expérience ! C’était formidable de faire un double sans faute et de remporter la Coupe des nations avec mon équipe. Mes co-équipiers sont exceptionnels. J’ai pris beaucoup de plaisir à concourir à leurs côtés. Je me souviendrais très, très longtemps de cette semaine très spéciale.
Vous avez bâti des liens étroits avec vos chevaux. Qui sont les plus grandes stars dans votre piquet actuel, et qu’est-ce qui fait que vous vous entendiez si bien ?
J’ai eu la chance de pouvoir monter de très bons chevaux ces dernières années. J’ai deux chevaux de tête au talent exceptionnel : tout d’abord Ebanking, qui a fait le double sans faute à Spruce Meadows, et ma jument Cacharel qui n’a pas concouru pendant un moment mais qui fait maintenant son retour. Elle m’a accompagné à Genève et à Bois-le-Duc où elle a fait un sans faute dans le Rolex Grand Prix. Elle semble donc se plaire aux concours du Rolex Grand Slam. Je les connais tous les deux par cœur. L’un comme l’autre savent pertinemment quand il s’agit d’une grande occasion, et ont un caractère volontaire et travailleur, ce qui me rend la vie beaucoup plus facile. Un cavalier doit pouvoir compter sur le fait que sa monture soit à la hauteur le jour J, et les meilleurs chevaux savent quand ils sont appelés à se dépasser.
Les cavaliers de haut niveau ont besoin d’une équipe autour d’eux. Qui, dans votre cas, fait partie de cet entourage ? Et comment celui-ci vous aide-t-il à garder le niveau nécessaire pour vous maintenir en haut des classements ?
Ce n’est pas évident de citer quelques noms seulement, car je suis entouré de très nombreuses personnes qui jouent chacune un rôle. Ceci étant, certaines d’entre elles sont irremplaçables, comme Charlotte, ma groom et responsable d’écurie, qui m’accompagne depuis de nombreuses années, et sans qui je ne pourrais simplement pas concourir. Avec elle, je suis toujours confiant, car je sais qu’elle s’occupe merveilleusement bien des chevaux et que tout se trouve exactement où il faut. Ainsi, les montures arrivent au concours dans les meilleures conditions possibles pour pouvoir faire leur meilleure performance. Elle est formidable.
Ensuite, je dirais William Funnell, mon entraîneur actuel. Il m’offre toujours des perles de sagesse qui me sont extrêmement utiles. C’est un atout de taille dans ma préparation.
Il vous a suffi de quelques saisons sur le circuit international pour faire des étincelles. Qu’avez-vous appris durant cette période ?
La patience ! J’ai tendance à vouloir faire tout, tout de suite, mais ce n’est pas toujours possible avec les chevaux. Le temps que j’ai passé en compagnie d’autres cavaliers de très haut niveau, comme John Whitaker, m’a convaincu de faire preuve de davantage de patience. John est incroyable : quand les choses ne se passent pas comme prévu, il ne rumine pas mais passe instantanément à autre chose. La patience est une vertu essentielle dans notre sport. Les chevaux vous laissent savoir lorsqu’ils sont prêts à passer à l’étape suivante. Le cavalier a pour tâche de créer les bonnes conditions pour leur permettre de le faire, sans laisser ses propres ambitions gêner leur évolution naturelle. L’une des principales leçons que je retire de mon expérience, c’est que tout prend du temps. Mais en persévérant selon une méthode établie, les résultats finissent toujours par suivre.
Quels sont vos objectifs pour le reste de la saison et l’année 2026, que ce soit dans le cadre du Rolex Grand Slam ou dans un contexte plus large ?
Le CHI de Genève approche à grands pas. C’était le premier concours du Rolex Grand Slam auquel j’ai participé et un tournant important dans mon parcours. C’est aussi là que j’ai concouru pour la première fois à un tel niveau. J’aimerais beaucoup pouvoir m’y rendre cette année, car c’est un événement très apprécié par les meilleurs cavaliers. L’an prochain, les Championnats du monde auront lieu au même moment et dans le même lieu que le Majeur d’Aix-la-Chapelle du Rolex Grand Slam, auquel je n’ai jamais participé mais qui est le prochain sur ma liste. Tout le monde me dit que c’est l’un des meilleurs concours au monde, en raison des difficultés des parcours mais aussi de la qualité des montures, des installations, du stade et de l’atmosphère. Il va encore nous falloir beaucoup de travail, ainsi qu’une certaine organisation, avant de pouvoir assurer notre présence à ces événements, mais tous deux sont clairement parmi mes objectifs.
Il règne toujours une ambiance extraordinaire durant les concours du Rolex Grand Slam. Que faites-vous pour vous préparer, vous et vos chevaux, à concourir dans ces lieux empreints d’histoire ? Et selon vous, qu’est-ce qui fait la particularité des Majeurs du Grand Slam ?
Mon expérience à ce niveau est encore limitée, mais j’essaie à chaque fois de m’imprégner de tout ce qui se passe, d’apprendre autant de choses que possible et de vivre pleinement ce type d’occasion. Je fais tout ce que je peux en amont du concours pour préparer les chevaux et m’assurer qu’ils aient tout ce qu’il faut pour bien sauter, mais on ne peut jamais être entièrement sûr de leurs réactions à l’avance. Heureusement, je dispose désormais de montures qui ont déjà une certaine expérience à ce niveau. Je sais qu’une fois en piste, mes chevaux tireront leurs propres leçons et qu’ils tenteront de se dépasser.
Les Majeurs sont des concours légendaires à la longue histoire. En plus de cela, ils sont très bien dotés, le niveau est extrêmement élevé et la foule est enthousiaste. Le dimanche, au moment du Grand Prix, toutes ces conditions réunies font que ces événements sont les meilleurs au monde.
Il paraît que vous aimez jouer au golf, et que votre frère Mark n’est pas mauvais non plus : est-ce que vous vous vouez une rivalité quelconque lorsque vous jouez l’un contre l’autre ? Quelles autres passions avez-vous en dehors du saut d’obstacles ?
Je dois avouer à contre-cœur que mon frère est le meilleur golfeur dans la famille ! J’arrive à lui donner du fil à retordre, mais il est tout de même plus fort que moi. Le golf est mon passe-temps préféré en dehors du CSO. Dès que j’ai un moment, j’aime aller faire une partie avec mon frère ou mes amis cavaliers. C’est très bon pour le mental. Sur le parcours de golf, je suis obligé de ralentir le rythme, de suivre les étapes dans l’ordre, et de me faire confiance, même si je manque de technique.
Qu’est-ce qui motive à persévérer et à continuer de vous améliorer en tant que cavalier, en dépit des longues journées de compétition et des réveils à l’aube ?
Je suis très ambitieux et je me suis fixé de nombreux objectifs que je suis encore loin d’avoir atteint. Je veux continuer de progresser pour réaliser un à un chacun de ces rêves. J’aime aussi la préparation et l’entraînement, le travail quotidien auprès des chevaux, la sensation d’avancer et de m’améliorer. Il est parfois tentant de faire toujours la même chose, mais cela amène les mêmes résultats. Quand je reviens de concours, je veux avoir l’impression d’avoir appris quelque chose. C’est cette progression qui me motive chaque jour.
Enfin, quel conseil donneriez-vous aux jeunes cavaliers qui espèrent un jour vous emboîter le pas ?
Ce n’est pas un métier facile. Il peut y avoir plus de déceptions au quotidien que de réussites. Il faut donc profiter à fond de ces dernières, et puis aimer la routine quotidienne : les réveils à l’aube, les longues journées, le travail acharné à la fois en selle et aux écuries... Ce n’est pas toujours évident, mais cela nous fait apprécier encore plus les bons côtés. Il faut faire preuve de résilience et d’une grande force mentale pour réussir dans ce sport.
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