Interview avec Nina Mallevaey

Interview avec Nina Mallevaey

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Vous avez fait une très belle saison 2025, dont plusieurs performances mémorables. De quels moments ou résultats en particulier êtes-vous la plus fière ? Et à votre avis, quelle est la raison principale de cette très bonne forme ?  

N.M. : C’est vrai que 2025 a été la meilleure année de toute ma carrière. Mon plus grand moment de fierté est indéniablement ma victoire au Rolex Grand Prix du Stephex Masters de Bruxelles. Mais c’était aussi la fierté de toute une équipe : la famille Rein, mon père, et nombre d’autres gens qui m’entourent au quotidien et qui m’ont permis d’en arriver jusque-là. J’ai eu la chance qu’ils soient tous sur place à ce moment-là. C’est un vrai plaisir pour moi de les combler ; c’est ma façon à moi de les remercier. J'étais également très heureuse que Dynastie remporte un Grand Prix 5*. Elle est incroyable : elle a tellement appris cette année, elle méritait vraiment cette victoire. Son éleveur, Éric Levallois, était présent à Bruxelles lorsque nous avons gagné, ce qui a rendu ce moment encore plus spécial. Je pense qu'il était très fier d'elle.

Quand à ma réussite cette saison, c’est simplement le résultat du travail de mon entourage et de mon formidable piquet de chevaux. Sur ce dernier point, je suis éternellement reconnaissante à la famille Rein pour m’avoir accordé sa confiance. Mon équipe (dont mon entraîneuse Helena Stormanns et mes formidables grooms) me soutient également à chaque instant. L’appui constant de la famille Rein, dans la réussite comme dans l’échec, m’est aussi très précieux. Tous ces gens m’encouragent constamment, et c’est à ce soutien et à mes formidables chevaux que je dois mon succès cette année.

 

Qu’est-ce qui vous a incitée (ou qui vous a inspirée) à faire carrière dans le saut d’obstacles ?

N.M. : Au départ, c’était simplement mon amour des chevaux. J’adorais plus que tout passer du temps avec eux. Mon père lui aussi était un passionné. Quand je suis née, il avait déjà un cheval, mais pour le loisir plutôt que la compétition. Ensuite, je me suis inscrite au club équestre voisin, où j’ai monté assidûment chevaux et poneys. J’ai toujours adoré les animaux.

Lorsque j'ai commencé à participer à des compétitions, j'ai eu un déclic. Le sport, l'ambiance et les sensations que me procurait la compétition étaient incroyablement spéciaux. Mon père m'a soutenue autant qu'il le pouvait. Même si ce n'était pas son métier, il m'a entraînée jusqu'à mes 18 ans. Il a passé beaucoup de temps à m'aider, à me conduire à des concours presque tous les week-ends et à soutenir toutes mes décisions. Nous faisions tout ensemble et il continue de me suivre autant qu'il le peut. Je lui suis très reconnaissante pour tout ce qu'il a fait pour moi. J'ai également eu la chance de rencontrer des personnes formidables qui m'ont fait confiance et m'ont donné des poneys et des chevaux à monter. Grâce à elles, j'ai eu l'opportunité de faire partie des équipes françaises pour enfants et juniors, ce qui m'a ouvert les portes vers des niveaux et des disciplines plus élevés dans ce sport. J'ai participé aux Championnats d'Europe pour Enfants, Juniors et Jeunes Cavaliers, et ces expériences m'ont donné envie de continuer à progresser.

Plus jeune, je regardais les Grands Prix 5* de la semaine chaque dimanche sur Equidia. Voir les meilleurs cavaliers du monde, en selle sur ces incroyables chevaux, a été une grande source d’inspiration. Depuis, atteindre le même niveau a été mon rêve. Je vénérais Pénélope Leprévost et Kevin Staut, parce qu’ils étaient français et que naturellement, toute la famille les supportait. Mais j’avais aussi beaucoup d’admiration pour d’autres cavaliers, comme Scott Brash, Meredith Michaels-Beerbaum ou Beezie Madden.

 

Parlez-nous un peu de vos chevaux de tête et de leur forme actuelle, notamment Dynastie de Beaufour, Nikka VD Bisschop et My Clementine. Quelles sont leurs personnalités, leurs singularités, leurs points forts, et qu’est-ce qui fait la réussite du couple que vous formez ? 

N.M. : Toutes trois sont de formidables juments qui adorent ce qu’elles font, et ont une personnalité bien à elles ! J’adore passer du temps à leurs côtés, surtout au sol. Je pense avoir tissé des liens avec elles, ce qui est primordial pour tout cavalier. Ces trois juments sont toutes différentes, mais ont aussi un certain nombre de points communs.

Dynastie est ultra intelligente : on dirait qu’elle comprend instinctivement ce que l’on attend d’elle et elle est heureuse de répondre à ces demandes ((à condition de vous faire confiance !) Elle sait pertinemment quand le concours est particulièrement important. Par exemple, elle fait des étincelles aux concours Rolex comme ceux de La Baule, d’Aix-la-Chapelle ou de Dinard. Je la sens bomber le torse sous l’attention du public. Les seules fois où je dois m’écarter, c’est au moment du repas : pas question de la déranger !

Nikka, quand à elle, a un courage et des moyens exceptionnels à l’obstacle. Rien ne la déstabilise. À l’écurie, elle est plus sympa au premier abord que Dynastie. Elle a énormément d’expérience et par conséquent, je suis toujours à l’aise avec elle.

Clémentine, elle, est la plus délicate et sensible. Elle doit pouvoir vous faire pleinement confiance. Elle est super gentille mais les gros bruits peuvent l’effrayer. Par contre, une fois sur la piste, rien ne lui fait peur. Cette année marquait ma première fois à Calgary, dont l’atmosphère peut être quelque peu impressionnante. Mais elle est entrée en piste bille en tête : rien n’aurait pu la distraire de sa mission. Elle est petite par rapport à Dynastie et Nikka, et elle a moins d'envergure, mais c'est une vraie battante. Elle m'impressionne beaucoup.

 

Le Rolex Grand Slam of Show Jumping est le haut sommet du saut d’obstacles. Que représente-t-il à vos yeux, et que faites-vous pour vous préparer à un tel événement ? 

N.M. : Le Rolex Grand Slam est incroyablement important. Cette année, j’ai enfin pu réaliser mon rêve de toujours, concourir à Aix-la-Chapelle et à Calgary. Si vous m’aviez dit il y a un ou deux ans que je serai présente à ces concours, je ne vous aurais pas cru ! C’est le rêve de tout cavalier de se rendre dans ces lieux quasi irréels. Grâce à mon équipe et à mes chevaux, j’ai pu faire de bonnes performances dans ces concours, ce qui fait que j’en tire des souvenirs encore plus spéciaux. J’espère être en mesure d’y retourner à l’avenir, car il n’y a rien de tel que de participer à ces événements légendaires. J’ai adoré.

 

Vous êtes désormais une grande source d’inspiration pour la prochaine génération de cavalières ; comment envisagez-vous ce rôle ?  

N.M. : Ce n’est pas une question facile, car je n’ai pas tendance à voir moi-même comme une source d’inspiration pour autrui. Au fil de mon parcours, j’ai fini par participer à des concours importants, et c’est vrai qu’un nombre croissant de gens me voient concourir. Je ne peux qu’espérer avoir le même effet que celui que Beezy et Meredith ont eu sur moi en tant que femmes et athlètes. Je tiens à montrer le dévouement et la passion nécessaires pour atteindre ce niveau. Au final, il faut aimer son métier, persévérer dans ses efforts et savoir saisir les occasions qui se présentent. Si quelqu’un trouve son inspiration dans mon parcours, j’en serais ravie.

 

Vous avez déjà participé à certains des concours les plus légendaires au monde, dont Aix-la-Chapelle et Spruce Meadows. Qu’est-ce que ces lieux ont de particulier, selon vous ? 

N.M. : Une longue et riche histoire, une atmosphère de folie, bref tout ce qu’il faut pour en faire des concours mythiques. Dès votre entrée sur piste, des milliers de personnes vous attendent, prêtes à vous acclamer. Et en cas de sans faute, l’ambiance électrique vous porte jusqu’à la ligne d’arrivée. C’est une impression très spéciale. J’ai la chance d’avoir des chevaux qui eux aussi adorent ça. Lors des Majeurs Rolex, je sens que mes chevaux ont envie de se dépasser sous l’effet de ce soutien. Une foule enthousiaste, un cadre somptueux... les concours Rolex sont mémorables pour de multiples raisons et sont chers à de nombreux cavaliers de par leur qualité globale.

 

Derrière chaque cavalier à succès se trouve toute une équipe loyale et dévouée. Parlez-nous des gens qui vous entourent au quotidien, de votre groom à vos entraîneurs, en passant par les membres de votre famille. Comment leur présence participe-t-il à votre réussite ? 

N.M. : Je ne pourrais rien faire de tout cela sans mon équipe. Le public ne voit souvent que les chevaux et cavaliers sur la piste, mais tout un groupe de gens travaille dur en coulisses pour donner vie à ce moment. Mes grooms, Quentin [LeSaint] et Clémence [Rességuier], connaissent mes chevaux mieux que personne, car ils passent chaque heure de la journée avec eux. Ils savent décoder toutes les envies et humeurs. Je peux donc leur faire une confiance aveugle. Nora (Krogsaeter) joue également un rôle très important au sein de notre équipe. Elle m'aide à maintenir chaque cheval en bonne condition physique. Lorsque je passe une semaine à Calgary avec deux chevaux et que je dois participer à un autre concours la semaine suivante avec d'autres chevaux, c'est elle qui s'occupe des autres chevaux à la maison. Elle les connaît tous très bien et comprend les besoins de chacun. Nous montons de la même manière, ce qui aide beaucoup, et elle joue un rôle clé pour les maintenir tous en excellente forme.

En outre, je peux me reposer sur les ostéopathes, vétérinaires et maréchaux-ferrants qui s’occupent parfaitement de la santé de mes animaux. C’est un travail collectif, et j’ai beaucoup de chance d’être entourée de personnes soucieuses du bien-être de mes chevaux. 

Je suis aussi très reconnaissante à Tara et Mark Rein, et à mon entraîneuse Helena Stormanns,qui m’aident et me soutiennent, me poussent à m’améliorer et sont là pour moi en cas de coup dur. Lorsqu’on pratique un sport où l’on perd beaucoup plus souvent qu’on ne gagne, il est primordial d’être entourée de gens qui savent vous mettre en confiance.

N’oublions pas non plus ma famille, qui m’a fait découvrir les chevaux et m’accorde un soutien indéfectible. J’ai une chance incroyable d’être aussi bien entourée.

 

Quels sont vos autres passions en dehors du saut d’obstacles ?

N.M. : J’aime le sport en général : l’atmosphère, l’énergie, ce que cela m’apporte... J’aime bien regarder d’autres sports, et quand j’ai du temps libre, je fais du fitness, notamment du Pilates, qui me muscle le dos et permet d’améliorer mon assiette. Mais ce que je préfère, une fois loin des écuries, c’est de passer du temps avec ma famille et mes amis. Cela a toujours été ce que je considère comme le plus important.

 

Enfin, Pour finir, quels sont vos objectifs à long terme et de quoi rêvez-vous, à la fois dans le cadre du Rolex Grand Slam et dans votre parcours professionnel en général ?

N.M. : Je souhaite avant tout continuer à progresser et valoriser autant que possible mes chevaux. Je tiens beaucoup à bâtir des liens solides avec eux et à faire la fierté de mon précieux entourage. J’adorerais participer de nouveau à Aix-la-Chapelle l’an prochain. C’est mon concours préféré ; j’adore concourir sur cette piste légendaire.

Sur le long terme, disons simplement que le Rolex Grand Slam est un rêve pour tout cavalier. Étant donné que seul Scott Brash a réussi à le décrocher pour le moment, ce serait extraordinaire. J’aimerais aussi un jour participer à la finale du Rolex IJRC Top 10 et au CHI de Genève. Mais plus que toute chose, je veux que mes chevaux soient en bonne santé et heureux.