L'histoire d'Hello Jefferson par Adriana Van Tilburg

L'histoire d'Hello Jefferson par Adriana Van Tilburg

Scott Brash (GBR) riding Hello Jefferson in the CPKC 'International' Grand Prix, presented by Rolex Scott Brash (GBR) riding Hello Jefferson in the CPKC 'International' Grand Prix, presented by Rolex

Son nom est devenu synonyme de vitesse, de précision et de grandes victoires : Hello Jefferson, l’impressionnant hongre monté par Scott Brash, est entré dans l'histoire cette année en remportant le CPKC ‘International’, presented by Rolex de Calgary. Pourtant, le parcours de ce sauteur d’exception est bien plus complexe que ses performances ne le laissent supposer.

Poulain, il fut enregistré au BWP sous le nom de Jerenmias van het Hulstenhof. Bernard Mols, son éleveur, partage l’histoire remarquable de Hello Jefferson.

Ses racines

La mère de Hello Jefferson vient d’Angleterre. Bernard Mols se souvient du début de cette histoire particulière : 

« J’ai passé deux à trois ans à monter avec Malcolm Pyrah. Pendant cette période, j’ai aussi monté certains de ses chevaux et il a, en quelque sorte, été mon guide. Lors de ma dernière année là-bas, j’ai ramené Hovis – la mère d’Hello Jefferson – d’Angleterre. Je l’ai achetée là-bas, par l’intermédiaire de Malcolm. Avec cette jument, j’ai participé au championnat de Belgique et j’ai intégré l’équipe B. Elle évoluait vraiment à un niveau élevé.

J’ai acheté Hovis à Malcolm Pyrah. En Angleterre, je n’ai reçu qu’un document de reconnaissance du stud-book – une sorte de fiche d'identité. Je l’ai ensuite transmis au BWP, qui a enregistré Hovis et m’a remis un papier officiel. Quand je l’ai retirée du sport, je l’ai présentée à une inspection BWP, qui l’a également confirmée là-bas. Donc d’Angleterre, je n’avais que le père enregistré, mais grâce au BWP, j’ai obtenu un document officiel d’enregistrement. »

Le père inscrit de Hovis est Irco Mena (Irco Marco – Ballymena Park x Menelek xx). Il fut l’un des étalons les plus influents en Suède dans les années 1980 et 1990, associant des performances sportives de haut niveau à une influence durable sur l’élevage moderne. Élevé par Ann et Lars Gustavii, l’étalon gris s'est illustré sur le circuit international Grand Prix, représentant la Suède en Coupes des Nations et aux épreuves qualificatives de la Coupe du Monde. Fils du légendaire Irco Marco et de Ballymena Park, il incarnait une rare combinaison de raffinement pur-sang et de puissance à l'obstacle. Parmi sa nombreuse descendance concourant jusqu’au niveau 1,60 m figure H5 Market Irminka, soulignant encore son héritage comme père de chevaux de sport d’excellence.

Quand une jument défie les clôtures

Bernard Mols se souvient très bien du moment où il a rencontré Hovis : « J’avais 21 ans lorsque j’étais chez Malcolm ; au total, j’ai passé trois ans avec lui à partir de 19 ans, j’étais alors militaire. Lors de ma dernière année chez Malcolm, il m’a conseillé d’aller voir une jument. C’est ainsi que j’ai finalement croisé Hovis. Je n’ai jamais vraiment rien su sur la mère de cette jument. Ce que je retiens, c’est que le propriétaire m’a dit que la mère de Hovis sautait tout le temps hors des champs ou des paddocks ; si elle avait assez d’élan et que la clôture n’était pas assez haute, elle passait simplement par-dessus. »

Les qualités d’Hovis

Après avoir ramené Hovis en Belgique, ses qualités se sont vite révélées tant sur l’aspect performance que son caractère. « Avec Hovis elle-même, j'ai obtenu de beaux résultats. J’ai disputé le championnat de Belgique et aussi des épreuves internationales jusque 1,50 m. Lors du concours de Harrie Theeuwes, elle a sauté une épreuve 1,50 m et a été désignée meilleur cheval de l’événement, terminant dans le top trois les trois jours consécutifs. À sept ans, elle était déjà classée dans le top dix du cycle national. Ce sont ces qualités qui m’ont poussées à l’amener à l’élevage.

En repensant à Hovis, une qualité ressort clairement qu’elle transmet systématiquement à ses produits : son incroyable ténacité. Même aujourd’hui, rares sont les lignées maternelles dans le monde qui détiennent une telle énergie et volonté. Et c’est exactement ce qu’il faut au plus haut niveau international – seuls les chevaux dotés de cette détermination peuvent réussir dans les compétitions les plus exigeantes. »

Une lignée qui perdure

Bernard Mols remarque que cette énergie particulière s’est transmise au fil des générations. « La première génération, dont Hello Jefferson, l’a déjà démontré fortement. Maintenant, la deuxième génération est également présente. Il y a sept ou huit produits de Cooper van de Heffinck au total issus de Hovis et de ses filles. En plus, la fille de Cassini II, Hovina, a produit Mia van ’t Hulstenhof, lauréate du Prix Jeunes Cavaliers à Valkenswaard, et de cette même lignée maternelle, plusieurs autres produits de Cooper van de Heffinck sont nés. Parmi eux, Tiamo van ’t Hulstenhof, un fils de Cooper van de Heffinck et d’Hovina, ainsi qu’Ubelle van ’t Hulstenhof, aussi une fille d’Hovina, qui a été inséminée avec Casallco et est actuellement gestante. À l’époque où Hello Jefferson a débuté l’entraînement avec Scott Brash, Cooper van de Heffinck avait déjà trente produits, dont quinze ou seize concouraient avec succès au niveau 1,50 m. Ce qui montre bien l’influence génétique de l’étalon.

Même si Hovis n’était en rien une jument parfaite et qu’elle avait certes ses défauts, il était exceptionnel de produire un cheval comme Hello Jefferson à partir d’elle. Le croisement avec Cooper van de Heffinck s’est avéré particulièrement réussi. En réalité, il a montré que même avec des juments pas considérées parmi les toutes meilleures, il pouvait produire des chevaux de sport de haut niveau. C’est pourquoi il est resté une pierre angulaire du programme d’élevage. »

Du sport à l’élevage

Le succès de la lignée d’Hovis ne s’est pas arrêté là ; Mols a continué à concourir et à produire à partir de ses filles. « Hovina, la fille de Cassini II, je l’ai moi-même montée jusqu’à 1,45 m. J’ai maintenant encore quelques produits de cette lignée : un Cooper van de Heffinck, âgé de sept ou huit ans, issu des sœurs. J’élève aussi avec une autre jument par Zirocco Blue. De celle-là est né un propre frère, Oscar van het Hulstenhof, qui a concouru à Eindhoven. Il y a aussi Mia van het Hulstenhof, qui concourt avec Roy van Beek. Elle a même remporté une fois le Grand Prix à Valkenswaard dans la catégorie des jeunes cavaliers. Elle provient également de cette fille de Cassini II, croisée avec Zirocco Blue. »

L’influence de Cooper van de Heffinck

Mols reste convaincu que le croisement avec Cooper van de Heffinck fut décisif pour créer chez Hello Jefferson ce mélange d’énergie et de contrôle. « Ce que Cooper van de Heffinck a principalement apporté, c’est la gestion. Là où la mère de Hovis avait tellement de “go” qu’elle voulait tout faire en même temps, Cooper van de Heffinck a apporté la capacité de rester posé et de canaliser cette énergie efficacement. Cela s’est particulièrement vu chez Hello Jefferson : son allant brillant a été combiné à la gestion héritée de Cooper van de Heffinck, ce qui l’a rendu vraiment spécial.

Hello Jefferson, jeune, était déjà extraordinaire. Dès le premier jour, il trottait derrière moi comme un petit chien. Avec les autres poulains, il fallait toujours leur apprendre — mettre un licol, les mener — mais Jefferson me suivait librement, au trot, sans aucune contrainte. C’est comme s’il me demandait : que dois-je faire ? C’était vraiment hors du commun. Je ne sais pas si aujourd’hui il existe encore quelque chose dans la lignée qui lui ressemble tout à fait. »

Cooper van de Heffinck provient de la même lignée maternelle Holsteiner que Quaprice Bois Margot. Tous deux remontent à la célèbre Stamm 504 — la lignée Wella — qui a produit de nombreux chevaux internationaux et compte parmi les lignées Holsteiner les plus influentes, à l’origine également de chevaux comme Operette La Silla. Cooper van de Heffinck s’est classé avec trois cavaliers différents jusqu’au niveau 1,45 m.

La même détermination qui animait Hello Jefferson jeune le pousse aujourd’hui sur les plus grandes pistes du monde — une qualité qui a brillé lors de son triomphe au CPKC ‘International’, presented by Rolex.

Hello Jefferson poulain Hello Jefferson poulain par Bertrand Mols